Amarante me retrouve en cette fin août, après mon séjour de trois semaines à la maison.
Mouillé à Kilada sur corps mort sous la garde de Didier le Pirate de Milos, il est en parfait état, sauf trois crottes de gabian que j’ai tôt fait d’ôter au jet tout en méditant sur l’attrait pervers de ces volatiles nécrophages pour mon pont.
Mon prochain équipage me rejoint début octobre à Paros : j’ai donc un mois entier devant moi en solo.
Je fais les pleins de carburant, d’eau, avitaille frigo, congélo et cave.
Cette année, ce sera un tour vers les îles du Dodécanèse que je ne connais pas encore, en particulier Leros, où se trouvent des chantiers navals susceptibles d’accueillir Amarante en hivernage.

Kilada – Porto-Cheli – Kythnos – Syros – Mykonos – Patmos – Arkoi – Leipsoi – Leros -Levitsa – Kinaros – Amorgos – Schinoussa – Paros – Serifos- Kilada
Première escale de confort à Porto-Chéli à deux heures de Kilada.
Complément de bière et achat du Basilic de Bord et du Pimentier de voyage.

Puis nuit tranquille au mouillage.

Je rejoins ensuite le nord de l’île d’Hydra qui me permet une route portante dans le Meltem, vers l’île de Kythnos.

Le 04/09, je mouille Amarante en plein milieu de la baie d’Agios Ioannis à Kythnos : je prends toute la place.
Un canot Franchois à forte odeur de coq me tourne autour à une longueur en fin de soirée pour me montrer que j’ai pris sa place mais le Franchu parti, je dors tranquille. Il n’y a plus beaucoup de « Francs » dans notre population.

Le lendemain, je rejoins la baie de Finikas de l’île de Syros, que je connais bien. Cette fois-ci, le Meltem ne souffle pas à plus de 18 nœuds : un régal à la voile. Le meilleur pour Amarante au près à 8 nœuds.
Mouillé devant le port de Finikas sur 40 mètres, je décide de prendre mon temps et je loue une voiture pour faire le tour de l’île. Je fais quelques courses et achete de l’huile moteur pour faire la vidange du groupe électrogène. Ma connaissance de la langue grecque délie les langues, excite l’intérêt, et me fait payer des prix « grecs » dans les magasins.
Déjeuner devant Amarante.
J’ai laissé les instrument en fonction, et l’application TimeZero assure la veille du bateau au mouillage.

09/09
Mon étape suivante est la baie de Paranormos au nord de Mykonos.
La traversée est dure, à la voile et au moteur, au près dans un Meltem qui lève une mer courte et hachée au sud le Tinos. Mais à l’arrivée, mon mouillage est parfait : je suis seul. Comme il y un peu de mer, les fers à repasser à vapeur, les catas marrons et les canots à boudins sont restés au port de Mykonos, au sud.
Je n’aime pas le port de Mykonos : on est mal accueilli à la marina en dessous de 20m de coque, et de 25 000 euros de revenu mensuel, mais heureusement, il y a quelques mouillages sympas dans l’île.
Le lendemain, 10 septembre, le vent s’étant calmé, quelques sabots viennent mouiller, mais à distance raisonnable. Il y a aussi des voiliers, de beaux voiliers, bien armés et bien manœuvrés. On se salue, l’anglais qui passe et moi-même. Nous apprécions mutuellement nos navires.
Je mets l’annexe à l’eau et m’offre une auberge à terre avec vue sur Amarante.
Pour accoster, j’ai visé un ponton privé plein de canots à boudins luxurieux, et le préposé en livrée de matelot-de-yacht m’a courtoisement accueilli.
En Grèce, en principe, ponton privé ou pas, on ne refuse pas l’accostage d’un « ντίγκi » (dinghy).

La traversée suivante, de douze heures, m’amène au sud de l’île de Patmos.
Je mouille dans le chenal entre Patmos et le rocher de Tragos car la rade de Groikos est pleine de bateaux.

Avec le vent modéré mais changeant, je devrai changer trois fois de mouillage en deux jours.

Le monastère de Saint Jean l’Evangéliste domine tout Patmos.

Et je prends le temps de profiter de l’escale.



14/09
Je fais route vers les Iles Arkoi que j’atteins en 4 heures.

Quelle déception !
Les criques de l’île principale sont occupées par les pêcheurs, le mouillage du restaurant de l’île Maratho en face, est plein, et le mouillage sur lequel je pose mon ancre dans le site si réputé de Makronisi est bondé. Les quelques plaques de sable sont occupées…
Comme je hais le regard commisératif des blaireaux installés qui regardent votre navire chasser, les mains sur les hanches posées de chaque côté de leur outre à bière.
Ecœuré, du fond de ma misanthropie soudaine, je dérape et appareille vers les Iles Leipsoi…

Plus précisément, la crique de Platys Gialos, « la grande plage ».
Un paradis retiré !

Deux bateaux au mouillage et de la place pour Amarante sans gêner… Schplaouf fait l’ancre ! Schplaouf fait mon corps athlétique en plongeant dans l’eau (l’une puis l’autre) !
Dans un endroit pareil, on reste… deux jours !
Au fond de la petite baie, juste une taverne, qui offre la traditionnelle cuisine des îles avec xoriàtiki salàta, poulet-poisson-chevreau, et la bière glacée…

Au matin, je suis seul au mouillage. Mer, cigales, pinède, ciel d’azur, soleil et ouzo.
Au mouillage aux Iles Leipsoi, le 15 septembre 2024
Caposud
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